Aller plus haut

ALLER PLUS HAUT

Tina Aréna, dans un de ces succès interplanétaires dont on ne connaît toujours pas la recette, aimait à s’égosiller « Aller plus haut ». Je doute que les Campétois écoutent ce titre en boucle ce dimanche, mais pourtant ce sera bel et bien leur mission.

Après le titre de Côte Basque, et le festin qui s’en est suivi, tous ont retrouvé l’appétit nécessaire à de nouvelles joutes. D’ailleurs l’appétit venant en mangeant, ce serait bien pour tout le monde d’arriver dimanche comme des morts de faim pour ne pas se prendre les pieds dans le tapis rouge du Championnat de France aussi prématurément. On connaît désormais la saveur d’un titre territorial pour avoir croqué à pleine dent dans cette tranche de vie inoubliable que nous avons tous vécue sur la pelouse Grenadoise, mais maintenant, ce sont les choses encore plus sérieuses qui commencent. Certainement les plus intéressantes aussi. À croire que lors des phases finales du championnat de France la bière n’a plus le même goût, la ventrêche plus la même saveur autour des mains courantes que durant le reste de l’année. On a l’impression que l’adrénaline procurée par ces matches couperets transforme catégoriquement la donne sur et en-dehors du terrain. Cette métamorphose est palpable à tous les niveaux. On cultive l’exotisme de rencontrer des formations au style différent, à la culture différente, dans des lieux différents, avec un public différent. Bien que l’entrée en lice se fasse contre le champion de Côte d’Argent, Martignas, et que le Real affronte un « voisin », la partie en elle-même ne sera certainement pas du même acabit que celles jouées jusqu’à présent. Nous rêverions tous d’un festival de cannes digne des plus belles éditions de la Croisette avec de grandes envolées lyriques et un cuir voyageant de main en main jusqu’à l’aile, là où la vie est, paraît-il, plus belle. Ce sera plus sûrement par une lutte d’hommes que passera la victoire. Informations prises auprès des espions ayant assisté à la victoire des girondins dans leur comité, validant ainsi leur sésame pour les 1/16èmes de finale du championnat national, l’opposition proposée devant devrait être une nouvelle fois décisive. Forte de quelques bons éléments au sein du pack, cette jeune équipe de Martignas (2 ans de moyenne d’âge) ne doit impérativement pas être prise à la légère. Si l’on en croit le site internet du club, ils ne se présenteront pas sur la pelouse de Parentis en victimes expiatoires. Pour eux l’obstacle Campétois sera compliqué mais pas infranchissable. À nous de leur montrer que seule la vérité du terrain compte et qu’avant de franchir le Ventoux il faut en mettre des coups de pédale, voire de manivelles. À nous également de ne pas nous reposer sur les lauriers de la Côte Basque pour espérer goûter quelques semaines encore au charme des joutes hexagonales.

 

Le chemin jusqu’à la consécration est long et tortueux, et seules les âmes pures pourront boire à la coupe du Saint Graal. Les âmes pures, c’est à dire celles qui auront compris qu’à partir de ce week-end, chaque rendez-vous dominical sera une finale qui se jouera à la vie à la mort. Le cœur et ses vertus seront décisifs pour espérer voyager loin. Parce que si le championnat de France est aussi excitant c’est aussi qu’on s’y découvre plus que durant la saison. À chaque rencontre, le vainqueur continue une semaine de plus pendant que le vaincu baisse la tête et rentre à la maison. C’est à ce moment-là que le supplément d’âme si caractéristique des gentlemen rugbymen est nécessaire. Dans l’intimité du vestiaire, noyé au milieu des volutes de camphre, ressurgissent ces mots échappés des entrailles capables d’apaiser tous les maux, de faire jaillir les larmes pour mieux dégainer les armes. On oublie la pudeur habituelle pour se parler franchement, dans le blanc des yeux souvent rougis à l’approche du coup d’envoi. On n’hésite plus à se dire qu’on s’aime même si on le savait déjà. On est conscient que ce sera peut-être la dernière fois. Pour ne rien regretter, la recette ancestrale qui est de tout donner reste inchangée. Ce week-end encore il faudra envoyer au diable l’avarice et donner une nouvelle fois sans compter. Offrir de souffrir pour éviter de mourir. Ce serait la moindre des choses de combattre pour tous ceux qui s’activent en coulisses pour que vive le Real. Ces bénévoles et supporters assidus sans qui nous ne serions que de vulgaires sportifs du dimanche. Ces copains pour qui on mouille le maillot et pour qui on laisserait volontiers sur la pelouse un bout d’oreille ou un morceau de peau. Pour triompher il faudra l’adhésion et le soutien de tout le groupe. Et ceux qui ne joueront pas devront gommer leur frustration pour aider les potes à se préparer dans les meilleures conditions. Fini les états d’âme, tous sur le pont ! Ce n’est pas encore la saison du melon mais bien celle de l’abnégation et des grands coups de citron. Là je ne parle pas de l’additif que l’on ne manquera pas de verser dans nos demis en cas de victoire…

Les choses sérieuses ont commencé dimanche dernier, à présent il faut monter en puissance pour arriver à Parentis sûrs de nos forces. « Une des clés du succès est la confiance en soi. Une des clés de la confiance en soi est la préparation » dixit Arthur Ashe. Et là je ne parle pas de l’additif que l’on glisse dans les cigarettes euphorisantes…

Tout est dit pour préparer au mieux le match crucial de dimanche à Parentis. Maintenant ne reste plus qu’à joindre le geste à la parole dès 15h30 et cela promet quelques belles troisièmes mi-temps en perspective.

 

Par Benoit Dartigues

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