Au bout du couloir...

AU BOUT DU COULOIR C’EST LA GUERRE

 

Real Soldevilla Campétois 43 – Marssac 15 (mi-temps 29 à 10)

Lectoure

200 Spectateurs environ

Arbitre M. Desserre (Béarn)

Pour le Real :

6 essais : Pierre ; R. Darquier (2) ; Jaulin ; Sauboua ; Lafontan

5 transformations : R. Darquier

1 pénalité : R. Darquier

Pour Marssac :

1 essai : n°4

1 transformation : n°10

1 pénalité n°10

 

 

Avant ce 1/8ème de finale de Championnat de France face aux Tarnais de Marssac, le Real Soldevilla Campetois nourrissait peu de certitudes quant à l’issue de la rencontre.

Dans le cadre bucolique du stade de Lectoure, en contrebas de la cité, la première chose qui sauta aux yeux fût l’imposant bus des Tarnais. Un autocar grimé aux couleurs du SC Albi qui laissait présager le pire tout comme les maillots jaune et bleu de l’adversaire du jour, très à la mode dans le rugby cette saison. Avant cette plongée dans l’inconnu, la prudence était donc de mise dans le camp du Real. Personne ne s’est d’ailleurs trompé au moment d’entrer sur la pelouse. Nous assistions bien à un 1/8ème de finale du championnat de France, avec ses zones d’ombre et son exotisme, avec son lot de tension et d’adrénaline. Un nouveau match couperet, une énième finale avant l’heure avec pour seul impératif, la victoire. Une victoire au goût si savoureux dont on se délecte toujours plus au fur et à mesure que s’égrènent les semaines qui nous séparent du but ultime. Mais avant de verser dans les affres de l’allégresse, il faut mener ce combat que l’on attend depuis sept jours. Il faut affronter un nouvel opposant bien décidé à passer, lui aussi, un tour supplémentaire. Généralement dans ce type de rencontres, la majeure partie du travail repose sur la volonté et le cœur mis à l’ouvrage. Ce que l’on nomme vulgairement « l’envie » dans le jargon de l’ovalie, mais qui se rapproche plus de l’oubli. L’oubli de soi-même au service des autres, l’oubli de ses repères, l’oubli du contexte ou de la pression de l’événement. Finalement on oublie celui que l’on est durant la semaine pour devenir un guerrier sans peur et sans reproche au service de la troupe. Comme si, l’espace d’une après-midi, on pouvait librement tomber le masque ou l’enfiler, c’est au choix. La seule chose que l’on garde gravée dans l’esprit est l’objectif de départ, la victoire. Celle qui sépare d’un lien ténu la joie de la tristesse et qui transforme les hommes en héros ou en bannis selon qu’ils se trouvent ou non du bon côté de la barrière. Parce qu’à la fin, il ne peut en rester qu’un, comme dans Highlander, comme dans tous les combats. D’ailleurs les entraîneurs ne se sont pas trompés au moment de galvaniser leurs soldats une dernière fois avant l’heure H, lorsque l’on entendit jaillir du vestiaire « Au bout du couloir c’est la guerre ». En fermant les yeux et avec un peu d’imagination, on aurait pu se situer le 6 Juin 1944 au large de la Normandie, mais en les rouvrant, on aurait pu trouver au stade champêtre de Lectoure des allures de théâtre idéal des opérations pour le grand débarquement Campétois.

La première salve faisait d’ailleurs une victime immédiate, François Lalanne, contraint de quitter ses partenaires dès l’entame, suite à un claquage. Pour confirmer les propos de Renaud et Cancan, et comme si la partie ne pouvait plus mal commencer, ce sont les Marssacois qui dégainaient les premiers dès la 5ème minute grâce à une pénalité située à 25m en face des perches. Ils menaient 3 à 0 mais leur joie fût de courte durée. Les choses allaient vite être prises en main par les Campétois qui n’allaient plus, jusqu’au coup de sifflet final, lâcher les clés du camion. Et avec un attelage comme celui du Real ce dimanche, on voyage loin. Pour preuve, le premier essai inscrit après une touche à cinq mètres au cours duquel le pack landais faisait parler la poudre. Les Marssacois semblaient déjà avoir pris un coup derrière la tête lorsque Renaud Darquier transperça la défense tarnaise pour aplatir le cuir derrière la ligne trois minutes seulement après le premier essai. Il se chargeait de transformer lui-même et portait le score à 14 à 3 au quart d’heure de jeu.

On sentait les Campétois sûrs de leur fait et bien trop dominateurs pour un adversaire constamment sous pression et dépassé dans tous les compartiments du jeu. Malgré une bonne occupation au pied orchestrée par le demi d’ouverture Tarnais, la multiplication des fautes de main était beaucoup trop préjudiciable aux jaune et bleu. Comme dans le camp d’en face on sentait une volonté de jouer tous les ballons avec un Dominique Pierre à la manœuvre, on présageait d’une longue après midi pour les banlieusards Albigeois.

Pourtant, loin de baisser les bras, les Marssacois continuaient d’y croire et pensaient bien franchir la ligne à la 24ème minute. C’était sans compter sur la férocité de la défense Campétoise bien décidée à ne pas concéder le moindre centimètre carré de terrain.

À force de lutter dans le vide on pouvait ressentir depuis les tribunes les prémices d’une grande déroute Marssacoise. Et comme si le moral n’était pas déjà assez bas, l’entreprise de démolition Landaise pouvait commencer son travail de sape. Les « gros » avaient faim et voulaient marquer leur adversaire au fer rouge. Lorsque l’on sait l’importance de l’ascendant psychologique dans le boulot des avants, on imagine bien dans quel état ont terminé les Tarnais, concassés physiquement et mentalement. Comment en être autrement quand on passe tout un dimanche à reculer, et que chaque groupé pénétrant vous met au supplice ? Pas évident de se relever…

Surtout que Renaud Darquier, le chef artificier du jour avait des fourmis dans les jambes. Lui, la fine lame des mousquetaires Campétois transperçait une nouvelle fois la défense tel un couteau chaud dans du beurre et transformait lui-même son essai, portant la marque à 21 à 3 à la demi-heure de jeu. Avec l’abbaye de Lectoure en perspective, la messe semblait déjà dite.

Mais dans la foulée, et après un relâchement fatal, Malo, bien aidé par sa grande taille, se faisait lober, permettant ainsi aux Marssacois d’inscrire un essai casquette. C’est le numéro 4 qui profitait de l’aubaine pour écraser le cuir dans l’en-but, relançant les espoirs de tout un club. Là encore l’espoir fût éphémère.

La fin de la première mi-temps était ensuite complètement débridée. A la 35ème minute le numéro 6 Marssacois était sanctionné d’un carton blanc pour anti-jeu et laissait ses copains en infériorité numérique pour 10 minutes, comme si la tâche n’était pas déjà assez compliquée. Renaud Darquier passait la pénalité, 24 à 10.

Les Campétois, fidèles à leur plan de bataille, continuaient de maintenir leurs adversaires sous pression avec un Renaud Darquier 5 étoiles à la baguette tant en défense qu’en attaque. Malgré tout, les bleu et blanc gâchaient une nouvelle munition peu avant la pause face à des Marssacois totalement désemparés. On pensait que ce serait la dernière action de la première mi-temps mais les hommes de Renaud et Cancan se rattrapaient de belle manière dans la foulée. Consécutivement à un joli mouvement collectif, Renaud Darquier s’engouffrait de nouveau dans la défense laxiste et Olivier Jaulin eut tout le loisir d’y aller de son essai présidentiel. Au moment des citrons, les Tarnais semblaient déjà distancés de façon rédhibitoire au planchot, accusant un retard de 19 points (29 à 10). Le Real vainqueur de la première bataille, devait maintenant gagner la guerre en seconde période.

Dès le coup d’envoi du deuxième acte, un incident de jeu glaçait un peu plus le sang de tous avec la sortie sur civière du numéro 18 Marssacois. Des images douloureuses qui font toujours penser au pire. Espérons pour lui que sa blessure ne soit pas grave et souhaitons lui un prompt rétablissement. Dans la foulée, et comme le jeu aurait été vraiment trop délicat en infériorité numérique, Renaud Darquier, toujours lui, emporté par sa fougue, jouait les samaritains en offrant un peu d’air aux Tarnais. L’arbitre sortait le carton blanc, et Renaud pouvait aller goûter avec gourmandise aux charmes du banc de touche l’espace de dix minutes. Pourtant, sur le terrain, ni l’infériorité numérique, ni les changements judicieux des entraîneurs, ne faisaient fléchir la domination des Campétois. Les mousquetaires avaient envie de faire dans la distribution et un nouveau groupé pénétrant était stoppé illicitement à quelques encablures de la ligne d’essai après une chevauchée fantastique de près de cinquante mètres.

Cela fait déjà deux minutes au-delà du temps normal de sa suspension que l’arbitre décide enfin de laisser rentrer Renaud. Dans la foulée, Fred Sauboua participe au festival en inscrivant son essai personnel suite à une énième avancée victorieuse des avants. Décidément, avec des prestations comme celle-ci, le pack Campétois a de quoi faire trembler dans les chaumières… A cet instant, le score grimpe dangereusement et à 36 à 10 les choses se compliquent sérieusement pour des Marssacois qui ne déposent pas les armes pour autant.

Si Renaud s’est mis en évidence derrière, c’est bien Dominique Pierre que l’on a vu dans tous les bons coups devant, assurant même un intermède au talon. Mais à force de sacrifier son corps pour ses copains, arrive un moment où le repos est nécessaire. C’est donc à la 19ème minute de la seconde période que Malau fit son retour en piste. Malgré une tentative de but loupée, la fin de match était intégralement Campétoise et chaque ballon rendu par l’adversaire, une occasion supplémentaire de scorer. Dans leur malheur, les Tarnais perdaient le numéro 19 sur carton jaune et étaient condamnés à passer quasiment toute la fin de partie en infériorité numérique. Décidément, quand rien ne va…

Histoire d’enfoncer davantage le clou, Titi Darquier, fraîchement entré en jeu, jouait les slalomeurs dans la défense jaune et bleue et sans une faute de main au ras de l’en-but, c’était l’essai assuré.

Pour respecter son adversaire il faut se battre jusqu’au bout, et c’est Xavier Lafontan, le Petit Caporal du Moun, qui parachevait le succès Campétois en allant inscrire un ultime essai après un nouveau mouvement de toute beauté. Lorsque les avants avancent et que les ballons volent de main en main derrière, le rugby devient tout à coup très facile.

Grâce à cette nouvelle démonstration, le Real se qualifie pour les ¼ de finale face à Lasseube et avec la manière s’il vous plaît. En cette douce après-midi gersoise, les Campétois semblaient vraiment trop forts pour les Marssacois qui, sans leur manquer de respect, pouvaient remplir leur joli bus avec des valises bien pleines. 43 à 10 score final, c’est très lourd à porter à ce stade de la compétition.

Du côté Campétois, l’aventure continue. Nous nous rapprochons petit à petit du but, mais attention à ne pas brûler les étapes. Pour savoir où on va, il faut se souvenir d’où l’on vient, et il ne faut surtout pas oublier qu’il a fallu galérer tout au long de la saison pour savourer ces instants magiques que nous vivons depuis quelques semaines. Merci soldats pour votre bravoure et votre courage ! Rendez-vous Dimanche prochain à Sauveterre de Béarn pour caresser un peu plus le rêve qui nous tous fait avancer.

Seul point noir du week-end « On n’a pas vu marquer Gérard Menaut », comme l’a entonné tout le groupe. Espérons que la faute sera réparée dès le week-end prochain. Excuse moi Gérard pour le clin d’œil mais c’était trop tentant !

Benoit Dartigues

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