Avé Brennus,...

AVE BRENNUS, MAURITURI TE SALUANT

 

La victoire est un doux plaisir, tellement grisant que l’on souhaiterait que jamais il ne s’estompe. Rares sont ceux qui ont l’occasion de pouvoir encore profiter du charme enchanteur de cette sensation.

Pourtant, les dimanches défilent et se ressemblent pour le Real Soldevilla Campétois, propageant une joie indescriptible dès le coup de sifflet final. Il est vrai que l’opposition du week-end dernier s’est plus rapprochée de la préparation d’un boxeur, avec un sparring Partner dans les cordes dès l’entame. Un adversaire incapable de répondre aux assauts répétés de Campétois survoltés. Alors certes, à vaincre sans péril, on triomphe sans gloire. Mais la gloire, on s’en fiche dès lors que s’ouvrent les portes du championnat de France. Seule la victoire est belle. Elle a toujours la même saveur, peu importe l’adversaire, peu importe les conditions, peu importe l’écart au tableau d’affichage. Au bout de l’escalier, il y a un Brennus à aller chercher, et on n’arrive au but ultime qu’après avoir gravi les marches une à une. Ce sera encore le cas ce dimanche face à Lasseube.

Le pack Campétois, impressionnant de puissance et de maîtrise face à Marssac, risque d’avoir fort à faire pour contrer les velléités des Béarnais. En effet, les quelques informations qui ont filtré laissent penser que le jeu de Lasseube s’articule autour d’avants très performants, notamment en touche, et un buteur redoutable à la précision chirurgicale. Ce sont ces armes qui ont leur ont permis de se défaire en 1/8ème de finale du SC Boulonnais sur le score sans appel de 29 à 3. La discipline devrait la clé du match et il faudra par conséquent offrir le moins possible d’occasions de briller à l’artificier maison. La conquête sera également un élément fondamental de réussite pour le Real. Les « gros » sont prévenus, ils devront encore se démener sans compter, mettre la tête là où d’autres n’auraient pas imaginé mettre le pied, et continuer d’avancer, encore et toujours.

 

D’ailleurs si l’on observe les parcours respectifs des deux équipes, on note qu’elles ont connu des chemins quasi similaires. Une première victoire acquise dans la douleur (Campet face à Martignas 27 à 12 et Lasseube face à Tarbes 15 à 12) et un 1/8ème beaucoup plus tranquille (Campet face à Marssac 43 à 10 et Lasseube face à Boulogne 29 à 3). Ce sont donc deux équipes en pleine confiance qui s’affronteront à Sauveterre de Béarn à partir de 15h30, animées par le désir de prolonger l’aventure.

 

La vérité du jour étant rarement celle du lendemain, il faudra de nouveau mettre les compteurs à zéro et aborder cet événement comme il se doit, avec humilité, passion et courage. Comme si c’était le dernier. Une fois de plus la tête et le cœur seront mis à rude épreuve. Une fois de plus les sages du groupe devront se replonger avec gourmandise dans leur fontaine de jouvence dominicale. Et dire que certains ont attendu un quart de siècle pour goûter aux affres d’un ¼ de finale de championnat de France. Cela doit motiver les jeunes loups qui ont toute leur vie ovale devant eux afin de donner sans compter pour les vieux lions qui ne demandent qu’à rugir encore quelques week-ends. Mais le Graal a beau être si près, il ne faut pas s’y tromper, il est encore bien loin. Il faudra en mener des combats pour triompher. Il faudra encore se sacrifier pour la collectivité, suer sang et eau, ne plus rien calculer pour partager ce bonheur après lequel on court à longueur de journée. Il n’y a plus belle image que celles de ses amis avec un sourire tellement accroché aux lèvres qu’on l’imagine figé pour l’éternité. Il n’y a plus belle émotion que de voir les yeux rougis des « papas », qui ont pourtant tout vécu ou presque, animés par la satisfaction du devoir accompli. Transmettre le flambeau de cette passion du jeu qui fait avancer sans cesse au gré des faux rebonds de ce satané ballon. Des moments uniques au cours desquels l’alchimie intergénérationnelle bat son plein et que les hommes redeviennent tous égaux à l’ombre d’un vestiaire. Lorsque les mots viennent du cœur. Lorsque les silences et les regards révèlent bien plus de choses qu’ils n’y paraissent. Lorsque la peur galvanise au moins autant que l’envie de vaincre. Lorsqu’on ne ment plus, ni à soi-même ni aux copains qui sont prêts à y rester pour nous. Au milieu des bruits, des odeurs qui nous hantent et nous habitent tellement que malgré les tourments de la vie, on a toujours envie de revenir se blottir dans la chaleur d’un vestiaire. Les joies sont encore plus grandes quand on les partage tout comme les soucis se dispersent plus vite au contact des autres. Dans un groupe, tous ces sentiments sont décuplés et sont autant de raisons de chausser les crampons malgré l’âge, les blessures, le mauvais temps ou la flemme.

Ce week-end, il faudra de nouveau laisser de côté sa propre personne pour se sacrifier au nom des siens. Ce serait tellement triste de nourrir des regrets maintenant. Pour éviter telle déconvenue et à défaut de me répéter, vous devrez faire une croix, messieurs, sur le passé glorieux et appréhender le futur avec l’humilité et la crainte nécessaire à la réalisation de grandes choses. Vous en êtes capables, mais à condition de ne pas gagner le match avant de l’avoir joué. Lasseube, c’est une équipe de premier plan, auréolée d’un titre de champion du Béarn, qu’il ne faut pas prendre à la légère, grisés par l’euphorie de la réussite. Elle ne se présentera pas en victime expiatoire, loin de là. La méfiance est donc de mise, mais il ne faut pas oublier de lui ajouter ce zeste de confiance qui a permis à l’équipe d’aller crescendo depuis le début des phases finales. Dimanche, plus encore que les week-ends précédents, il sera impératif de rester concentrés et disciplinés pendant 80 minutes car chaque point laissé en route ou offert à l’adversaire risque de coûter cher au moment du décompte final. Si la bataille du week-end dernier a été remportée haut la main, celle de dimanche devrait ressembler au scénario imaginé par Renaud et Cancan à Lectoure. Oui, au bout du couloir ce sera la guerre. Une guerre sans merci qui ne couronnera qu’un seul groupe et qui enverra l’autre dans les flammes d’un enfer intérieur où personne n’a envie de brûler. Je touche du bois pour ne pas avoir à vivre pareille mésaventure, en espérant également que cela puisse vous permettre d’aller caresser un autre bout de bois, beaucoup plus magique celui là.

 

Comme Martin Luther King, j’ai fait un rêve. Dedans, j’imagine Brennus droit comme un « i » trônant fièrement devant une bande de gladiateurs aux tuniques bleu et blanc, prosternés devant lui. Je les entends répéter en chœur au moment de rentrer dans l’arène « Avé Brennus, Maurituri te saluant », « Salut Brennus, ceux qui vont mourir te saluent ». J’aimerais tant que ce rêve soit prémonitoire. Vous en avez l’étoffe et avaient toutes les cartes en main pour sortir par la grande porte. Et comme souvent il n’y a qu’un pas du rêve à la réalité, vous avez votre destin entre vos mains. C’est désormais à vous de jouer, Gladiateurs Campétois….

Par Benoit Dartigues

Créer un site gratuit avec e-monsite - Signaler un contenu illicite sur ce site

×