Carpe Diem

CARPE DIEM

Il est toujours aussi douloureux de se quitter, même si ce n’est qu’un au revoir. Cela commence dès la prime enfance sur le parvis de l’école lorsque l’on n’a pas envie de se sentir « abandonné » par ses parents, alors, enfants que nous sommes, nous pleurons à chaudes larmes espérant repousser au maximum l’échéance.

Plus tard, quand on grandit, on a la gorge serrée en voyant ses camarades de classe ou de colo filer à travers les vitres d’un bus. Et ce n’est rien comparé à la perte d’un être cher, douleur que l’on rencontre au moins une fois dans sa vie. Il est bien compliqué de refermer certains livres surtout quand ce sont des livres d’or. Ceux rédigés de la main de l’amitié et de l’amour. Des pages vierges où l’on écrit en commun les histoires dont nous nous souviendrons bien des années plus tard. Pour ma part c’est une torture de prendre ma plume virtuelle pour l’ultime fois de la saison. Je sais pertinemment que je ne pourrais plus conter à l’avenir les péripéties des certains guerriers devenus héros l’espace d’une saison. Bien plus encore que de simples coéquipiers, des hommes croisés au détour d’un pré qui resteront autant de réminiscences indélébiles. Des instants magiques, des moments de joie, des moments de doute, des instants comiques, des épisodes tragiques. Même si la saison s’est clôturée de la plus belle des manières, sur un titre de champion de France, je dois avoir la franchise de reconnaître que cet exercice est aujourd’hui un crève-cœur. Certes la joie qui m’anime est immense mais elle est atténuée par le dur retour à la réalité. Il ne faut pas se mentir. Après une telle épopée, on n’a pas envie de penser à demain, juste savourer l’instant présent. Le bonheur est éphémère et il est impératif de le vivre intensément. Carpe Diem.

Mais de quoi sera fait demain ? Nous devons nous préparer à vivre sans certains cadres qui nous ont montré la voie maintes fois dans la saison. Des hommes d’honneur pour qui on laisserait volontiers un bout de chair. Ceux qui ont été de toutes les luttes et qui ont, eux aussi, droit à un repos bien mérité. Mais rien que l’idée de ne plus voir certains visages à la reprise me glace le sang. Ainsi va la vie, et la meilleure façon de les remercier sera très certainement de continuer leur œuvre, par-delà les moments de joie, par-delà les moments de doute. J’avoue donner une vision très égoïste des choses, mais il ne faudrait en rien qu’elle gâche la douce saveur d’un titre de champion de France, consécration suffisamment rare pour être célébrée comme il se doit. Parce que oui, c’est un village de 400 âmes qui va trôner, une année durant, sur le toit de la France.

Si au départ peu de personnes y croyaient, force est de constater que nos valeureux gladiateurs Campétois l’ont fait. Ils ont gravi la montagne et sont allés décrocher ce Graal que l’on pensait inaccessible. À force de courage, d’abnégation et de solidarité, ils ont démontré aux sceptiques devenus subitement jaloux qu’ensemble, on peut accomplir de grandes et belles choses. Certes il est difficile de se faire à l’idée que l’on n’aura plus la chance de jouer aux côtés de certains champions, mais il faut reconnaître qu’ils ont réussi leur sortie, et de quelle manière.

Dans la moiteur d’un dimanche après-midi Garlinois, tous les ingrédients étaient réunis pour assister à une inoubliable rencontre entre deux équipes aux parcours similaires. D’un côté Villecomtal sur Arros, des Gersois aux dents longues, véritables terreurs des phases finales. De l’autre les mousquetaires Campétois bien décidés à ne pas laisser filer une occasion en or d’inscrire une nouvelle fois leur nom dans l’Histoire du rugby français. Pourtant dès les premiers instants, l’assistance venue en masse se serrer contre la main courante, comprit que le cœur serait mis à rude épreuve durant 80 minutes, voire plus si affinités. Les Gersois, surs de leur fait semblaient maîtriser les débats d’une finale dont l’issue leur semblait acquise. Dans une rencontre haletante qui a tenu toutes ses promesses, la décision fut longue à se dessiner. Et si Villecomtal s’imaginait déjà coiffé des lauriers du vainqueur, c’était sans compter sur le cœur et la puissance d’un paquet d’avants ayant mis au supplice tous ceux qui se sont dressés sur sa route au fil des matches. Il a fallu patienter jusqu’aux ultimes instants de la partie pour voir Fred Sauboua terminer le boulot de ses copains de devant en aplatissant le cuir derrière la ligne. Comme un symbole…

Mais même après être passés en tête pour la première fois du match grâce à cet essai, les Gersois restaient dangereux. Heureusement que Renaud Darquier avait encore décidé d’enfiler son costume de messie pour soulager définitivement le peuple bleu et blanc d’un drop des 22 face aux perches, donnant ainsi un avantage irréversible aux siens. Lorsque Monsieur Caparroy mis son sifflet pour la dernière fois de la saison à la bouche, il était loin d’imaginer qu’il libèrerait par la même toute une horde d’irréductibles Campétois qui ne demandaient qu’à communier avec leurs héros. Le tocsin synonyme de fin du suspense et donc du calvaire pouvait désormais marquer le début d’un autre genre d’hostilités, beaucoup plus houblonnées pour le coup. Si personnellement je n’ai pu goûter aux agapes, il se murmure dans les rues du Moun que l’arrosage estival a bel et bien commencé, et l’été s’annonce d’ores et déjà caniculaire aux alentours de la préfecture. 

Il n’y a rien de mieux que de vivre une telle aventure humaine, au delà même de l’aspect sportif. Vous avez écrit d’une seule main, Messieurs, votre histoire commune, celle qui survivra aux aléas de la vie quotidienne. Comme le dit le proverbe, « on s’en fout, on est champions de France » et ça, personne ne pourra jamais vous l’enlever. Ce que vous avez fait est grand, et j’espère que vous en êtes tous conscients. Certains, durant tout leur parcours rugbystique, n’ont eu la chance de connaître cette fierté et cette joie de soulever le Brennus. Vous, vous faites partie du cercle très fermé des vainqueurs. Ceux qui ont laissé les pleurs par deux fois cette saison submerger l’adversaire pour aller boire à pleines gorgées au calice de la victoire. Maintenant que vous êtes champions, le plus dur commence. Il faudra maintenir le cap pour défendre son bien et montrer aux plus sinistres détracteurs que vos succès ne doivent rien au hasard, mais qu’ils reposent au contraire sur des choses aussi simples que l’amitié, la passion et la partage. Des valeurs que l’on a trop souvent tendance à oublier ou galvauder mais qui sont pourtant le ciment de toutes les réussites et qui font la particularité de notre club. C’est pour cela que l’on est et que l’on restera toujours fiers d’être Campétois.

 Avant de clore définitivement cette saison, j’aimerais profiter de la tribune qui m’est offerte pour vous tirer un grand coup de chapeau et vous dire, à chacun d’entre vous, que j’ai été heureux de vous côtoyer, de près ou de loin, et que ce fût non seulement un plaisir mais surtout un honneur.

J’avais commencé ce texte en narrant la difficulté des adieux et la souffrance que cela engendre, mais j’ai quand même envie de rire aux larmes en repensant à votre exploit qui, je l’espère, en appellera beaucoup d’autres. J’aimerais, pour terminer, souhaiter bonne chance à ceux qui rejoindront d’autres horizons, et leur dire qu’ils vont nous manquer, mais ainsi va la vie et chaque décision doit être respectée même si elle est douloureuse à accepter.

Enfin, je vous laisse méditer durant les vacances sur cette citation de Baudelaire « Il faut être toujours ivre. Pour ne pas sentir l'horrible fardeau du temps qui brise vos épaules, il faut s'enivrer sans trêve. De vin, de poésie ou de vertu, à votre guise. Mais enivrez-vous ! » À très vite mes amis, mes frères et Allez Campéééééééééééé !

Par Benoit Dartigues

 

 

 

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