Jour de tonnerre

Notre journaliste reporter Benoit Dartigues nous livre, ici, un regard avisé sur la finale face à Pomarez. Régalez-vous de cette lecture, une semaine après ça fait toujours du bien...

 

JOUR DE TONNERRE

 

 

Après une semaine chaotique et des pluies diluviennes dignes des prémices de l’apocalypse, le soleil a finalement daigné s’inviter lui aussi à la fête. Certes il ne nous honora de sa présence que par intermittence, mais, à l’image du scénario de la rencontre pour les joueurs du Real, il finit par rester suspendu haut dans le ciel.

Ils l’ont fait ! Les troupes de Renaud et Cancan sont allées le décrocher ce satané bout de bois. Un trophée à l’allure ridicule mais hautement symbolique pour lequel on se bat à longueur d’année. Un bouclier pour les guerriers valeureux qui suent sang et eau chaque dimanche, un bout de bois pour rappeler à tous ces hommes la signification profonde de l’humilité. Point de coupe aux Grandes Oreilles haute comme trois immeubles et scintillant à la lueur des projecteurs, juste un vulgaire morceau de bois. Le même ou quasiment à chaque niveau, du plus faible au plus haut. Dans notre sport, l’individu n’est rien sans l’appui de son voisin. Pour triompher il faut le faire ensemble, unis comme les doigts de cette main de fer que l’on glisse dans un gant de velours dès le coup de sifflet final. La même main que l’on n’hésite pas à dégainer sur le pré pour peu que les joutes viriles dérapent sur le terrain du vice ou que l’on aperçoive un coéquipier chahuté par les « ennemis ». C’est dans ce type de situations que l’on pousse la définition de solidarité à son paroxysme, étant prêt à se jeter corps et âme dans la bataille pour sauver son frère d’armes, son frère de jeu, son frère de sang ou son frère tout court. En rentrant sur le terrain, la peur et la fierté chevillées au corps d’un même bloc, c’est aussi la volonté de déplacer des montagnes pour soi mais surtout pour les autres qui fait que les « criquets » deviennent, à force de mental, des rocs. Et, ce dimanche, tous n’avaient envie que d’une chose, retrouver le plaisir de voir les yeux rougis par la joie d’être champions et les sourires si communicatifs qui témoignent de la difficulté du challenge. Lorsque la fougue de la jeunesse mêlée à la sagesse temporairement oubliée des gardiens du temple dans un vent de liesse devenu ouragan au coup de sifflet final. Et c’est sur un air d’Encantada que l’on retrouve toujours, accoudées au zinc d’un club-house, les gueules cassées et les dandys, tous unis dans le partage, confirmant que le rugby est un sport de voyous joué par des gentlemen. Pour preuve, la scène de ce week-end à Grenade sur l’Adour, où Coupignon, certainement l’un des meilleurs club-houses des Landes, dévoila une nouvelle fois tout son charme en faisant communier vainqueurs et vaincus au son des clarines de la banda Pomarézienne, fabuleuse tout au long de l’après-midi.

Mais avant de se jeter à corps perdu dans les agapes de la victoire, il y avait un match à jouer, une finale à quitte ou double. On connaissait bien la pelouse, celle de Grenade sur l’Adour que bon nombre de joueurs ont auparavant foulée sous les couleurs locales. On connaissait bien la ville et ses habitants, fief de Régis Sonnes, l’un des membres fondateurs de la famille Campétoise qu’il convient de féliciter pour sa récente nomination à la tête de la sélection espagnole. On connaissait bien l’opposant du jour, Pomarez, une équipe rencontrée à deux reprises lors des phases de poule. Pourtant, au vu des statistiques, il était vraiment difficile de connaître le vainqueur avant le coup d’envoi, chaque équipe ayant triomphé sur ses bases en saison régulière. Les conditions climatiques dantesques et l’opposition attendue devant étaient, a priori, les ingrédients nécessaires à une guerre des tranchées. On s’attendait à un combat d’hommes, où l’amour du maillot et la fierté de décrocher un trophée malgré la déception de l’élimination pour la finale de 3e Série, serviraient de toile de fond aux joutes programmées. Personne n’a été déçu par le duel épique que se sont livrés tous les acteurs de cette finale de 4ème série. La rancœur de l’échec face à Menditte a vite été transformée en pression positive, et l’expérience des cadres a encore fait des merveilles. Au milieu des bourrasques de vent, notre Jean Pierre Bacri Campétois, j’ai nommé Sébastien Fargues, permettait à ses coéquipiers de répéter leur partition à merveille grâce à ses frappes chirurgicales mettant sans cesse l’adversaire sous pression. Dès que le danger se faisait trop pressant, ses ogives millimétrées renvoyaient systématiquement les Pomaréziens à leurs chères études, les faisant reculer loin, très loin, trop loin de la ligne d’en but Campétoise. Comme un symbole au milieu des rafales de vent, c’est toujours lui qui envoyait à l’essai notre « Mestralle gagnant ». Suite à un nouveau jeu au pied dans le dos de la défense Chalossaise, Olivier Mestrallet, après une course supersonique, n’avait quasiment plus qu’à aplatir le cuir pour le seul essai de la rencontre.

Dans le même temps, Renaud Darquier, impérial dans ses tirs au but malgré cette glissade qui lui vaudra plus tard le calot du jour, maintenait, par sa botte, les Pomaréziens à distance. Résumer sa performance du jour aux simples coups de pied serait bien trop réductrice tant son apport en qualité de chef de meute défensif et offensif fût décisif pour le gain du match. Les « anciens » avaient des jambes de vingt ans, et leur expérience fut primordiale pour ne pas voir revenir sur leurs pas les méritants adversaires du jour qui refusaient, malgré l’écart au planchot, de déposer les armes. Pourtant avec un score de 11 à 3 en leur défaveur à la pause, les rouge et noir n’ont jamais baissé de rythme mais il faut reconnaître que la montagne Campétoise était, pour le coup, un peu trop haute à franchir. Le courage de défendre sa ligne coûte que coûte et la volonté de ne pas céder le moindre centimètre permettaient au Real de conserver la citadelle inviolée. L’orage tonnait dans le ciel Grenadois et le terrain ressemblait de plus en plus à un champ de bataille mais rien n’y faisait. Le Real tenait sa victoire et le coup de sifflet final ressemblait à un tocsin libérateur, synonyme d’ouverture des festivités. Au delà des quelques individualités qui avaient tiré les autres vers le haut, c’était la victoire de tout un groupe, de toute une bande de copains, de toute une famille.

Dès lors, la folie douce pouvait prendre possession des vainqueurs pour prolonger cette journée mémorable jusqu’aux premières lueurs du jour. Un peu comme lorsqu’on aimerait suspendre le temps et que la nuit ne s’arrête jamais. Alors on danse, on chante, on refait le match à l’infini et on savoure ces moments si précieux qui resteront à jamais gravés dans la mémoire collective. Quand je vous dis que tout n’est que collectif. Une fois de plus on a la preuve que le bonheur n’est vraiment réel que partagé et on espère le faire durer encore quelques week-ends ce fichu bonheur. Un bonheur aussi capricieux que les rebonds du ballon ovale mais après lequel on court toujours. Après avoir été sacré roi de Côte Basque, le Real peut maintenant espérer le couronnement national à condition de rester humble et de ne pas se voir arrivé trop tôt. Pour savoir où l’on va, il ne faut jamais oublier d’où l’on vient. En se souvenant de ce précepte, peut-être irons-nous une nouvelle fois là où on n’entend plus chanter Gérard Menaut…

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