L'appel du 18 juin

L’APPEL DU 18 JUIN

 

Dans la chaleur relative des soirées hivernales de juin, l’intérêt relatif d’une coupe du monde de football n’arrive pas à rallumer la flamme habituelle que déjà beaucoup repensent aux feux de cheminée.

On s’ennuie fermement, on tourne en rond, comme des lions en cage. On espère l’éclaircie salvatrice qui nous ferait entrer de plain-pied dans un été qui se fait toujours plus désirer. Rares sont les motifs de satisfaction ces derniers jours. Pourtant dans cette grisaille environnante, et malgré l’ennui de la semaine, une poignée d’irréductibles attend chaque week-end avec impatience. Après avoir été tour à tour mousquetaires et gladiateurs, les hommes de Renaud et Cancan se sont mués dimanche dernier en véritables boxeurs. Cassius Clay, qui deviendra plus tard le grand Mohamed Ali a dit « Si vous voulez gagner, votre volonté ne doit jamais fléchir, votre foi jamais faiblir. Vous ne devez jamais cesser de vous battre », et sur la pelouse de Sauveterre de Béarn, c’est ce qu’ont réalisé les joueurs du Real Soldevilla Campétois face à une valeureuse équipe de Lasseube.

Messieurs, vous avez été dignes des plus grands esthètes de l’art pugilistique, rendant coup pour coup à un adversaire refusant, au moins autant que vous, la défaite. Contre un adversaire s’en remettant à la botte d’un buteur de gros calibre, il a fallu aller puiser dans les ressources mentales et physiques de tout le groupe. Mais, au fil des semaines, tous ont pu s’apercevoir du cœur des « Galactiques » du Moun. Une bande de potes qui jouent au rugby ensemble, rien de plus, et c’est déjà pas mal. Une fratrie de soldats prêts à tous les sacrifices pour le copain, dans les bons moments mais aussi dans les mauvais. Finalement ce n’est pas cela la définition de l’amitié ? Ne nous y trompons pas, c’est dans les moments difficiles que l’on reconnaît à coup sûr les gens sur qui on peut compter. Certes, dimanche tout n’a pas été facile. Lasseube s’entêtant à ne pas déposer les armes, il a fallu ce supplément d’âme pour aller décrocher le précieux sésame pour les demi-finales. Il a encore fallu aller à la mine pour un fichu bout de bois. Finalement, le jeu en valait bien la chandelle, offrant ainsi à tout un groupe une nouvelle occasion de partager, ensemble, un instant unique, à 80 minutes d’une finale de championnat de France.

D’ailleurs, l’adversaire de ce week-end est connu. Ce sera Roche-la-Molière, un club de la Loire. Pour donner une saveur nouvelle à la rencontre, toute la famille Campétoise partira en pèlerinage du côté de Tulle, à Naves plus exactement, avec l’ambition de viser plus haut. Mais avant de se voir grand, il est nécessaire de mouiller le maillot. On a pu le constater en football cette semaine, rien ne sert d’être favori ou de posséder les meilleurs joueurs si l’envie de se dépasser pour le maillot n’est pas présente. En sport, on peut ne pas être bon, ne pas avoir de qualités géniales ou être dans un jour sans, mais on n’a pas le droit de ne pas se battre jusqu’au bout. En rugby plus particulièrement où l’honneur et le respect ne sont pas de vains mots. Dans notre sport, notre passion prend racine dans le terreau de ces valeurs et c’est même lui qui nous pousse à nous transcender malgré la souffrance, malgré la douleur, malgré les rires, malgré les pleurs.

 

La prochaine épreuve dominicale ne sera certes qu’une étape de plus à franchir pour espérer être couronné roi de France, mais le combat à mener devrait une nouvelle fois être épique. Parce que, bien qu’il vienne d’un comité où le rugby ne fait pas partie du patrimoine génétique comme il l’est chez nous, l’adversaire du jour n’a pas galvaudé sa place et a, lui aussi, engrangé un maximum de confiance à l’entame de la dernière ligne droite.

Pour reprendre les mots de Renaud et Cancan à Lectoure, « au bout du couloir ce sera la guerre » et c’est quasiment l’unique certitude que nous possédons à l’heure actuelle. Une guerre sans merci dont il faudra impérativement sortir vainqueur. Le potentiel pour aller plus loin est là et toute le monde en est conscient. Maintenant seule la vérité du terrain compte et c’est là qu’il faudra batailler, être à 200%, pour laisser les regrets au camp d’en face. Messieurs, le pré de Naves doit être le vôtre. Vous devez vous accaparer chaque recoin de pelouse comme si vous jouiez au Stade de l’Amitié, parce qu’à ce stade, c’est l’amitié qui fera la différence. Les hippies prônaient le flower power avec leur slogan « Faites l’Amour pas la Guerre ». Personnellement j’ai envie de vous dire de puiser dans l’amour que vous avez les uns pour les autres afin d’y trouver les arguments nécessaires pour faire la guerre. Comme il y a 70 ans, lorsque le Général De Gaulle exhortait ses troupes à entrer en résistance face à l’envahisseur. Lorsqu’on observe le parcours de Roche-la-Molière, on s’aperçoit que c’est une équipe qui marque beaucoup d’essais. Il faudra certainement à un moment dans le match, faire le dos rond pour conserver la citadelle inviolée, défendre sa parcelle bec et ongles, dresser des barricades face à « l’ennemi ». Il faudra être unis dans un même élan, celui de la révolte pour espérer goûter avec délectation au vent de la libération.

 

En paraphrasant le Général, j’aimerais aussi vous adresser un message, un appel du 18 Juin 2010 : « Quoi qu'il arrive, la flamme de la résistance Campétoise ne doit pas s'éteindre et ne s'éteindra pas ». Gardez toujours cela en tête. Parce que vous vous battez pour un maillot, pour un blason, pour un groupe, pour un village, pour des bénévoles, en somme pour une multitude d’anonymes nourris à l’espoir que vous faites naître un peu plus en eux chaque dimanche. Si les flots nous submergent ces derniers jours, c’est dans un torrent de joie que nous aimerions tous nous plonger dès le coup de sifflet final.

Tous les bons mots ne pourront jamais remplacer les instants que vous allez vivre à partir de samedi, les regards échangés, le vécu collectif. Désormais la balle est dans votre camp. Soyez fiers de vos couleurs, fiers de vos coéquipiers, pour résumer, soyez fiers de vous et montrez leur de quel bois on se chauffe dans les Landes par grand froid, même au mois de Juin ! Parce que quoi qu’il arrive, la flamme Campétoise ne doit pas s’éteindre et ne s’éteindra pas…

 

Par Benoit Dartigues

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