Real Soldevilla - R. L.Molière

APOCALYPSE NOW

Dans la vie d’un groupe il y a des signes qui ne trompent pas. Une joie communicative après une nouvelle victoire facile, un public venu en masse malgré la distance et les conditions climatiques dignes de l’Apocalypse. « Apocalypse » le terme idéal pour définir la journée de Dimanche sur le terrain de Naves pour la pauvre équipe de Roche-la-Molière.

Lorsqu’ils ont débarqué du bus, les banlieusards Stéphanois n’imaginaient certainement pas pareille déroute 80 minutes plus tard. Certes l’équipe ne possédait pas de gabarits hors normes capables d’impressionner outre mesure des Campétois ultra motivés. Certes l’attitude plus que décontractée à la descente du bus n’augurait rien de bon pour les joutes annoncées face au pack landais, terreur des terrains depuis quelques dimanche. En somme le pèlerinage en terre Corrézienne avait tout ou presque de la chronique d’une mort annoncée. Comme s’il voulait lui aussi faire partie du cauchemar, le ciel capricieux s’invitait à la fête. Au programme, du vent, du froid et un fin crachin devenu pluie au fil des minutes. Des conditions dantesques pour disputer une finale avant l’heure, un match couperet avec une telle importance.

Une fois le décor planté, on comprit vite que les grandes envolées lyriques resteraient bien sagement sur le tableau noir du vestiaire et qu’il faudrait s’employer à ratisser chaque centimètre carré de pelouse jusqu’à s’approprier pleinement les lieux. Heureusement que dans cette demi-finale jouée un dimanche du mois de Juin en plein milieu de l’hiver, les Campétois ont pu compter sur le soutien sans faille de dizaines de supporters venus communier avec leurs « petits » après une interminable procession.

On aurait pu craindre un complexe de supériorité avant la rencontre pour plusieurs raisons, mais il n’en fût rien. Trop sûrs de leur fait, et s’appuyant sur une volonté décuplée de regagner la finale coûte que coûte, les guerriers de Renaud et Cancan débutaient le match par le bon bout, avec sérieux, application et respect de l’adversaire. Dans une entame hachée, Renaud Darquier, l’artificier patenté du Real Soldevilla Campétois, loupait deux tentatives mais se rattrapait immédiatement. Toujours impérial dans ces phases finales, il slalomait dans la défense laxiste des Stéphanois pour inscrire deux essais entre les barres en l’espace de cinq minutes. Dès la dixième minute, Roche-la-Molière possédait déjà un retard de 14 points avec un cinglant 17 à 3 au tableau d’affichage. Dans un match bizarre, sans rythme, l’écart n’allait plus s’arrêter de gonfler tant sur le pré qu’au planchot.

Consécutivement à une offensive adverse avortée sur la ligne, Olivier Mestrallet préférait dégager son camp très loin. Dans le prolongement, Sébastien Fargues plaçait une frappe chirurgicale pour occuper superbement le terrain et trouvait une touche à cinq mètres de l’en-but adverse. Sur le lancer, le pack Campétois s’emparait du ballon pour faire une nouvelle fois étalage de sa domination en phases finales et tout emporter sur son passage jusque derrière la ligne. Renaud transformait l’essai, portant la marque à 24 à 3.

 

Le Real imposait une domination flagrante un fil des minutes, démontrant son emprise sur un match qu’il ne pouvait pas laisser filer si près du but. L’occupation du terrain quasi permanente repoussait les offensives Stéphanoises loin, très loin, trop loin et sans quelques fautes de main, l’addition aurait pu être encore plus salée. Les supporters Campétois en furie s’occupaient de l’animation des tribunes pendant que les joueurs s’occupaient de celle du terrain. A ce sujet, le journaliste de France Bleu venu couvrir l’événement eut bien du travail pour rester stoïque face au brouhaha ambiant. Sur le pré, Roche-la-Molière avait l’occasion de scorer enfin grâce aux pénalités accordées par l’arbitre, mais elles restèrent toutes infructueuses. La faute à un choix suspect de faire buter le numéro 6, chose assez rare dans le rugby pour être soulignée. On ne s’improvise pas John Eales du jour au lendemain. Après les quarante premières minutes, les deux équipes pouvaient aller souffler sur un score sans appel de 24 à 3 en faveur du Real.

 

Pour se rendre à Naves nous avons emprunté la route des vins de Médoc. Un paysage de vignes d’où sont vendangés depuis des générations les nectars divins qui ont le don de se bonifier avec l’âge. Et si la cuvée 2010 du Real Soldevilla Campétois est d’ores et déjà à classer dans la lignée des grands crus, ce sont bel et bien deux anciens qui se sont mis en valeur durant toute l’après-midi. S’il est toujours difficile de retirer des individualités à une grosse prestation d’ensemble, Renaud Darquier et Fred Sauboua ont démontré qu’ils étaient comme le bon vin. C’est d’ailleurs ce dernier qui enterrait les derniers espoirs des banlieusards Stéphanois juste après le coup d’envoi du deuxième acte. À 31 à 3, et avec le sentiment de ne voir évoluer qu’une seule équipe sur le terrain, la messe semblait dite. C’est certainement cet écart conséquent au tableau d’affichage qui peut expliquer en partie le relâchement coupable observé en seconde mi-temps. 40 minutes au cours desquelles le jeu Campétois s’est délité lentement tant au niveau de la concentration que des intentions. Ce genre de scénario pourrait avoir d’autres conséquences en finale face à un adversaire qui s’annonce redoutable. Mais pour en revenir à nos moutons, c’est Manu Bourdé, fraîchement entré en jeu, qui s’adonnait à une nouvelle banderille présidentielle en faisant parler ses jambes, mettant à mal la défense passive de Roche-la-Molière. Il était pourtant repris sur la ligne, mais, dans la continuité, le ballon volait de main en main jusqu’à l’aile opposée où Cédric Martinez, alias Tino, aplatissait la beuchigue. L’erreur étant humaine et la défaillance pouvant survenir même chez les plus grands, Renaud nous gratifiait d’une magnifique merguez des familles sur la transformation. Honnêtement, au vu de sa prestation d’ensemble, une nouvelle fois magistrale, personne ne pouvait lui en tenir rigueur.

 

Campet était dangereux sur tous ses ballons de relance et sur un énième contre, Eric Brethes, malgré les Champs-Élysées qui s’offraient à lui, ne pouvait capter le cuir. La faute à un problème de moignons ? Certes un brin d’humour en ce dimanche rendu exécrable par les caprices du temps, mais dans le fond, qui aime bien châtie bien, n’est-ce pas Canère ?

Roche-la-Molière avait déposé les armes et Benoît « Titi » Darquier usait de toute sa malice de demi de mêlée pour s’échapper d’un groupé pénétrant et filer seul à l’essai après une feinte de passe qui mystifia une défense aux abonnés absents. À 43 à 3, les valises devenaient très lourdes à porter pour les Stéphanois.

 

Tout le monde attendait le coup de sifflet final, symbole de délivrance, afin de composter une bonne fois pour toutes l’aller simple pour la finale. Dans les derniers instants de la rencontre, au milieu de l’incompréhension générale, l’arbitre, peu avare en termes d’incohérences, sanctionnait Sono d’un carton jaune pour un plaquage jugé à retardement. Certes le tampon était appuyé, mais l’arbitre n’a-t-il pas pénalisé plus la violence du choc (c’est quand même le pilier gauche qui s’est retrouvé sur les fesses après un beau plongeon) que le retard du plaquage en lui-même ? La question n’est pas là surtout que Benjamin Laborde parachevait le succès Campétois sur une ultime pénalité, scellant le score final de 46 à 3.

Fred Sauboua, l’un des grands artisans de cette victoire pouvait profiter du repos bien mérité du guerrier, sourire aux lèvres et regard étoilé, seul au milieu du terrain pendant que ses potes entonnaient l’hymne du Real, « La victoire au bout du pied, et la gloire au fond des filets… ».

Si cette rencontre a ressemblé à un long et douloureux chemin de croix pour les « Rouchons » avec des allures d’apocalypse, il l’a également été pour les Campétois, mais dans une autre mesure. « Apocalypse » est la traduction du mot hébreu « nigla » qui signifie « mise à nu » ou encore « révélation ». Et c’est certainement ce qui s’est produit sur le groupe de Renaud et Cancan. Une mise à nu pour passer la dernière marche qui les sépare du Graal. D’ailleurs dans la Bible, il est mentionné dans le livre de l’Apocalypse la chose suivante : « Écris donc ce que tu as vu, ce qui est, et ce qui doit arriver ensuite » (Apocalypse chapitre 1, verset 19). Ma modeste plume dépendant de vos exploits, c’est désormais à vous de jouer pour écrire ensemble votre histoire car vous seuls détenez à présent la clé du mystère. Amen !

Composition :

1-Zanchettin ; 2- Malaussane ; 3- Martinez ; 4- Bertrand ; 5- Lagikula ; 6- Sauboua ; 7- L. Laborde ; 8- Pierre ; 9- Lafontan ; 10- Fargues ; 11- Mestrallet ; 12- R. Darquier ; 13- B. Laborde ; 14- Jaulin ; 15- Delas

 

16- Menaut ; 17- Brethes ; 18- Delamarre ; 19- Lailheugue ; 20- B. Darquier ; 21- Bourdé ; 22- Daudigeos

Entraineurs :

Renaud Parenteau et Cancan Ferrière

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