Soyons réalistes,...

SOYONS REALISTES, DEMANDONS L’IMPOSSIBLE

Bien que l’échelle de Richter n’ait signalé aucun mouvement suspect, la France a vécu, cette semaine, un authentique cataclysme.

Le coq bleu s’est égosillé à crier au désert son mal-être en Afrique du Sud jusqu’à la mort prématurée de tout espoir. L’image tout entière de notre pays a été bafouée par des enfants gâtés ayant oublié l’essence même du sport, un jeu pratiqué avec passion. Le prisme médiatique de la Coupe du Monde de Football a permis au monde entier d’assimiler la France à une nation d’individualistes qui n’ont pas hésité à piétiner les valeurs contenues dans notre drapeau et pour lesquelles nos ancêtres se sont battus jusqu’à la mort. Les Bleus du foot ont tout simplement galvaudé les fondements du sport tel qu’on le pratique depuis sa prime enfance. Prendre du plaisir avec ses amis et se dépenser sans compter pour l’amour du maillot. L’ampleur médiatico-politique a largement dépassé le cadre strictement sportif, là où tout à commencer et là où tout aurait dû rester. On en oublierait presque l’autre tremblement de terre du moment, le problème des retraites.

Heureusement que dans ce marasme il existe quelques motifs d’espoir, des domaines dans lesquels on arrive volontiers à concilier valeurs sportives et règlement du problème des retraites. Ce sera le cas une dernière fois cette saison pour le Real Soldevilla Campétois avant de baisser définitivement le rideau sur une saison déjà mémorable. À défaut de courir après un ballon pour des millions, le groupe de Renaud et Cancan s’est dépensé sans compter pour l’honneur depuis l’ouverture de la saison. Motivés par l’honneur de représenter un club, un maillot, des frères, des bénévoles, un village tout entier et surtout une certaine idéologie du sport. Jouer pour le plaisir juvénile de se faire des passes, d’offrir son corps et son âme, ses sourires et parfois même ses larmes. Prendre du plaisir à voir ces coéquipiers devenus, au fil des épreuves, bien plus que cela. Sur le long chemin de la vie, il est nécessaire de poser quelques cailloux blancs pour éviter de perdre son chemin, de s’égarer dans les méandres du quotidien. Le sempiternel « se souvenir d’où l’on vient pour savoir où l’on va » et lorsqu’on regarde dans le rétroviseur de la saison, on n’a pas de mal à voir en chacun autant de pierres blanches déposées sur le long sentier de la gloire. Des visages, des émotions, des instants partagés dans l’intimité d’un vestiaire, des sentiments aussi opposés que victoire et défaite qui, lorsqu’on ferme les yeux et qu’on prend le temps d’y repenser, nous donnent invariablement la chair de poule. Sans ces ingrédients, sans l’amour de son copain, vous ne seriez pas là, et nous ne serions pas là non plus. Ce sont ces signes qui devront vous servir de phare pour transpercer l’obscurité de la finale de championnat de France qui vous attend. Se souvenir des belles choses qui ont jalonné votre parcours héroïque jusque-là et qui ne demandent qu’à l’être une dernière fois pour entrer de plain-pied dans l’Histoire. Quant au problème des retraites, il me semble qu’à Campet cela fait un moment que la question ne se pose plus. Lorsqu’on voit les prestations des « anciens » on n’a qu’une seule envie, repousser l’âge de leur jubilé le plus longtemps possible, et l’on espère tous qu’ils montreront la voie dimanche encore pour aller décrocher le morceau de bois, objet de toutes les convoitises. Il est impossible et inconcevable de revenir de Garlin (match à 15h) sans les lauriers de la victoire. On rêve de voir revenir, triomphants, les dieux du Stade de l’Amitié pour clôturer une saison en apothéose et une aventure humaine inoubliable. Il n’est nul besoin de répéter les clés du succès. À ce stade de la compétition, tous ont envie d’en découdre et doivent tourner depuis dimanche dernier comme des lions en cage à l’approche du combat final.

 

L’heure du jugement dernier a sonné messieurs ! L’adversaire proposé devrait être d’un autre acabit que Roche-la-Molière, sans leur manquer de respect. En observant les résultats de Villecomtal d’Arros, on a du souci à se faire. En phases finales, ils n’ont encaissé de 12 points, inscrivant dans le même temps la bagatelle de 141 points. Les deux équipes ont un parcours quasi similaire et les premiers éléments laissent présager une lutte acharnée face à une équipe qui voudra conserver le bouclier dans le Gers pour la deuxième année consécutive. Si la montagne semble élevée, elle n’est pourtant pas infranchissable. Les deux équipes, si elles en sont là, méritent leur place et il n’y a pas à rougir. Mais pour une fois, au bout du couloir, cela risque d’être vraiment cette guerre annoncée depuis quelques week-ends déjà et qui n’a pas encore réellement eu lieu.

 

Ché Guevara a dit « Soyons réalistes, demandons l’impossible », et il faudra s’en inspirer. C’est magnifique d’être arrivé en finale, mais une finale, ça se gagne. Il faudra de nouveau s’appuyer sur la solidarité qui a cimenté les liens du groupe depuis le début, et tout donner, une dernière fois, pour l’amour du maillot. Les écorchés de la guerre, les gueules cassées qui reviennent du front, la tête baissée par l’amertume et la douleur de la défaite, sont toujours pardonnés bien qu’ayant dû quitter, malgré eux, le champ de bataille où leurs frères d’armes sont en train de tomber, parce qu’ils ont eu le mérite de tout sacrifier pour un idéal. C’est cet état d’esprit quasi militaire qu’il faudra adopter dimanche sur la pelouse de Garlin. Tout donner sans penser au lendemain, vivre intensément chaque seconde comme si elle pouvait être la dernière, profiter de l’adrénaline de l’événement pour y puiser la force nécessaire pour déplacer des montagnes. Vous portez en vous tous les espoirs de la « Nation Campétoise », une joyeuse bande d’irréductibles qui voit couler dans ses veines un sang bleu et blanc, et qui a envie de communier avec vous, joueurs, qui auraient la chance de représenter les vôtres sur le pré.

En ces heures difficiles dans notre pays, vous êtes le rayon de soleil de nos semaines. Et même si ces derniers temps on a pu se sentir honteux d’être français, on est, et on restera toujours fiers d’être Campétois. Pour terminer, j’aimerais citer le philosophe Alain qui a dit : « Un travail réglé et des victoires après des victoires, voilà sans doute la formule du bonheur ». À méditer messieurs, car vous seuls auraient le pouvoir de goûter à ce bonheur après lequel on court et qui n’est réel que partagé.

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