Tu seras un homme...

Tu seras un homme… 

Comment a t’on pu louper cette entrée en matière que l’on aurait souhaité comme un retour triomphal dans la lumière ?  C’est certainement une accumulation de petits détails qui a causé la chute du champion Campétois sur la pelouse de Narrosse en ouverture de ce nouvel exercice.

L’adage nous avait pourtant mis en garde, mieux vaut prévenir que guérir. Et nous sommes malgré tout tombés dans la gueule du loup. Un traquenard en bonne et due forme, bien fomenté par les locaux. Le pire scénario imaginable. Un joker immédiatement grillé. Des espoirs déchus et des cauchemars en perspective.

Pas d’excuse, même si après les agapes estivales marquant la célébration du titre de Champion de France acquis au printemps dernier, il a fallu digérer l’événement et les excès qui en découlèrent. En rugby, plus que dans les autres sports, il y a deux vertus qu’il ne faut jamais galvauder, l’humilité et le combat. Qui plus est lorsqu’on défend un titre et que l’on sait à l’avance que chaque déplacement sera une lutte sans merci. Il ne faut pas se leurrer. Tout le monde rêve d’éjecter le champion de son piédestal. La saison la plus difficile est toujours celle de la consécration, dans tous les sports, à tous les niveaux. Il faut confirmer que les lauriers récoltés ne l’ont pas été par hasard sous peine de les voir faner avant même l’arrivée du printemps. La gloire attise les jalousies et aiguise les appétits, c’est bien connu. Cette saison, encore plus que la précédente, il faudra défendre chaque centimètre carré de pelouse comme si notre sort en dépendait, parce que notre sort en dépendra.

Récemment, alors que je regardai une série américaine relatant la guerre au Japon, j’ai immédiatement fait le parallèle avec notre discipline. Lorsque nous enfilons notre maillot, identique à l’uniforme des soldats, nous sommes tous égaux devant le danger et la peur, devant la victoire ou la mort que représente la défaite. Lorsque nous arpentons des pelouses plus ou moins vertes, mais toujours plus ou moins hostiles, nous sommes identiques. Nous sommes des frères unis sous un même étendard, défendant le même blason. Nous ne devons jamais perdre cela de vue, sans l’autre nous ne sommes rien. Ce qui a enfanté l’aventure que nous avons vécu l’an passé et que nous avons tous envie de vivre à nouveau, c’est cette alchimie parfaite qui nous a poussé à aller au-delà de nous-mêmes pour un objectif commun. Nos médailles sont les sourires de nos voisins de vestiaire, qui, la gueule encore souillée par le combat, revivent dès le coup de sifflet final, tels des antidotes aux douleurs physiques éprouvées. Nos décorations, personne ne nous les offrira pour services rendus à la nation, il faudra aller les décrocher de la cuirasse de nos adversaires, quitte à aller les chercher sur la lune. Lorsque nos frères tombent au combat, c’est pour eux qu’il faut coûte que coûte continuer la lutte. Ils doivent être nos exemples, nos sources de motivation. Les images des corps gisants sur le sol, meurtris dans leur chair, doivent nous hanter comme des fantômes. Si nous ne voulons pas exister pour nous, nous avons le devoir d’exister pour eux. J’ai une pensée pour David, dit « La Guigne ». Nous n’avons pas été à la hauteur. Nous n’avons pas su te dédier cette victoire qui, à défaut de soigner tes blessures, aurait pu te réchauffer le cœur. Je pense aussi à Vincent, alias Clochette, qui ne pourra se joindre à nous pour les prochaines échéances et à qui je souhaite également un prompt rétablissement via ces quelques mots. Je pense surtout à ceux qui connaîtront pareil dessein dans les semaines à venir en espérant qu’ils soient le moins nombreux possible.

Nous avons perdu une bataille, certes, mais nous n’avons pas encore perdu la guerre. A nous de savoir si nous avons réellement envie de nous battre pour nos copains, jusqu’au bout, sans calcul. A nous de savoir si nous voulons déposer les armes ou au contraire défendre notre club, nos couleurs, notre honneur, jusqu’au bout.

L’erreur est humaine, et nous en avons commis une grossière dimanche. Cependant, nous avons toutes les cartes en main pour faire en sorte que ce genre d’échec ne reste qu’une mésaventure. Nous seuls serons en mesure de laver l’affront subi. A condition de ne jamais oublier d’où l’on vient. Il y a un an de cela, personne ne nous aurait imaginé sacrés rois de France alors que nous trimions sur les terrains boueux de France et de Navarre, combattant férocement dans les tranchées, en quête de la plus belle des victoires. C’est de là que nous venons, de la fange de laquelle nous nous sommes extirpés à force d’abnégation, de don de soi, de courage et bien d’autres vertus encore que l’on retrouve sous le sceau de l’amitié dans son sens le plus noble. Les vrais champions sont ceux qui restent au firmament, pas les étoiles filantes aussi éphémères que leurs pâles exploits. Etre un champion implique une remise en question permanente, une humilité sans borne, et une envie de travailler comme un forcené pour se maintenir au sommet. Etre un champion c’est aussi savoir tirer des leçons de ses échecs pour transformer ses faiblesses en atouts. Avant la réception de Sare dès dimanche dans notre antre du Stade de l’Amitié, nous avons cette chance unique de pouvoir nous rattraper, mais pas seulement.

Rudyard Kipling a écrit :

«[] Si tu peux rencontrer Triomphe après Défaite

Et recevoir ces deux menteurs d'un même front,

Si tu peux conserver ton courage et ta tête

Quand tous les autres les perdront,

Alors les Rois, les Dieux, la Chance et la Victoire

Seront à tout jamais tes esclaves soumis

Et, ce qui vaut bien mieux que les Rois et la Gloire,

Tu seras un homme, mon fils. »

Tout est dit, à nous maintenant de démontrer que nous sommes des hommes…

Benoit Dartigues

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